Interview avec le fondateur de Cruizador

Adrien vdW, Mont Ventoux Fondateur Cruizador

Premier article pour connaître les personnes derrière Cruizador. Et c’est ni plus ni moins qu’Adrien, le fondateur et gérant, qui s’y colle pour montrer l’exemple! 

En bref

  • Année de naissance : 1985
  • Occupation : fondateur et gérant chez Cruizador
  • Première bécane : Honda CB 600 Hornet
  • Bécane(s) actuelle(s) : Triumph Speed Triple et Triumph Tiger 800
  • Bécane(s) de rêve: impossible à dire…il y en a trop… Je dirais qu’il y en a certaines qui me font de l’œil comme la nouvelle Yam Ténéré 700, la Triumph Scrambler 1200, et j’aimerais bien essayer une bécane électrique prochainement. Et bien évidemment ma Speed de 2009 qui reste une magnifique moto radicale et épurée.
  • Endroit favori pour rouler: partout du moment que la compagnie est bonne. Mais si je devais en choisir un je dirais la région du Mont Ventoux, en France.

Comment a commencé ton histoire avec la moto ?
Relativement tardivement je dois avouer. Mes parents ne m’ont jamais laissé posséder un deux-roues motorisé avant. Ils disaient que c’était trop dangereux. Mais l’envie était quand même là, presque lancinante. Puis à l’été 2013, mon cousin s’est décidé à prendre son permis provisoire, et j’ai décidé d’en faire autant. Fin août j’avais trouvé une Honda CB600 Hornet de 1998 avec 40’000km pour environ 2’500CHF. Début septembre, j’avais mon permis provisoire. Et fin octobre, 2013 toujours, j’ai passé mon permis du premier coup !
Quelles ont été les premières sensations ?
Un sentiment indescriptible, une sensation de liberté absolue. C’était une période un peu plus difficile pour moi. Après avoir terminé mes études, j’étais en phase de postulation pour trouver un premier job. Ça prenait du temps, trop de temps à mon goût. Et la moto m’a permis de me fixer un objectif et de m’accrocher à quelque chose de tangible. Aussi, lorsque je n’avais pas trop le moral, je sautais sur ma bécane et partais sans destination en tête. Je voulais juste rouler et me vider la tête. J’ai roulé cette première année plus de 3000km en 2 mois. J’ai parcouru pratiquement toute la Suisse romande :-)!
Et des premières frayeurs ?
Oui et non. Le fait que j’aie attendu d’avoir 28 ans m’a permis de limiter mes ardeurs je pense. C’est clair que j’ai commencé directement avec un gros cube (600cc de plus de 90 chevaux). En plus ces vieux 4 pattes à carbu chantent vraiment quand tu leur donnes des tours. Alors je ne dirais pas que je ne me suis pas laissé griser par l’accélération de temps-en-temps. Mais bon en Suisse, avec Via Secura, t’as intérêt à réfléchir à deux fois avant d’ouvrir à fond.
Et depuis ?
Des frayeurs/accidents ? Non toujours pas de grosses frayeurs, je touche du bois 🙂 !
Non je veux dire, tu continues à rouler ?
Autant que je le peux, même si maintenant, et c’est paradoxal, j’ai moins le temps de rouler avec le Projet Cruizador qui me prend beaucoup, beaucoup de temps. Moi qui pensais faire de ma passion un métier, je me trouve à ne plus pouvoir pratiquer ma passion à cause de mon métier 🙂 !!
On va revenir à Cruizador plus tard, mais continuons un peu sur ton expérience perso d’abord. Tu continues à rouler ta CB 600 ?
Non, je me suis décidé à m’en séparer, même si je regrette un peu. On dit qu’on n’oublie jamais son premier amour… Je pensais la garder comme base pour un projet custom style café racer, mais je me suis vite rendu compte en écumant les forums que ça n’était pas la meilleure base pour s’attaquer à un tel projet.
En 2016, je me suis acheté une Triumph Speed Triple d’occaz, de 2009. Je suis tombé amoureux de cette bécane en lisant le revue Moto-Heroes. Un projet custom d’un préparateur français CreativGarage. Une dirty scrambler sur-vitaminée qui envoyait du pâté.

Triumph Speed Triple, CreativGarage
Triumph Speed Triple, CreativGarage

J’ai beaucoup lu sur le sujet, sur l’architecture trois-cylindres et sur la marque Triumph. Et après un essai, j’ai su que c’était la bonne. Un châssis radical, avec un son rocailleux qui te faisait frissonner de la tête au pied. Et une accélération que te mettait un coup aux fesses à chaque fois que tu ouvrais un peu. Je suis tombé sur un proprio à Bern qui souhaitait la revendre car vu son âge (passé 60ans) et ses problèmes de genoux il ne pouvait/voulait plus la rouler. Et une bécane qui dort dans un garage, ça n’est jamais bon pour elle. On s’est entendu sur le prix et en 30min, après un bref contrôle mécanique et une petite course d’essai, je la lui ai prise !
Effectivement, une sacrée bécane, sans aucune assistance et pas encore toutes ces normes Euro4/5/6 etc… La bonne vieille époque comme on dit ! Et maintenant ?
J’ai toujours ma Speed que je vais garder toute ma vie je pense. On ne refera plus de bécane comme ça je pense. Ça n’est plus dans l’air du temps.
Mais comme je n’ai pas de voiture, je me suis dit que je pourrais trouver une deuxième bécane, un peu plus polyvalente, pourquoi pas un Trail… J’étais un peu retissant au départ. Pour moi, la moto c’était avant tout une histoire de style. Une moto ça ne devrait pas être consensuelle, un roadster sinon rien. Puis j’ai essayé l’Africa Twin 2015 d’un ami et je me suis dit pourquoi pas. En 2018 j’ai craqué pour une Triumph Tiger 800 d’occaz également. Une occaz en or, un futur retraité bernois de nouveau qui avait une Bonneville et une Tiger mais qui n’avait plus le temps/l’envie de la rouler. Elle avait peu de km pour ce genre de bécane et le prix était plus que raisonnable. En 30min, l’affaire était conclue. Et j’ai fait plus de 20’000km en une année. Et ça été une belle découverte. Un moteur un peu linéaire mais quand même sportif (trois cylindres de 90ch), avec du couple, un châssis assez rigide, bref un bon compromis. Moi qui aime faire des road-trips de plusieurs joueurs, en mode camping sauvage avec des potes, ça me paraissait parfait. Et je ne me suis pas trompé. Une bécane avec laquelle tu peux faire 1000km sur une journée et arriver frais à l’apéro le soir. Ça me changeait de ma Speed 🙂 !

Adrien vdW, Cruizador
Cruizador Founder, Adrien (credit: Charly Rappo for La Liberté)

Donc c’est ça pour toi maintenant la pratique de la moto ? Des longs road-trips ?
Pas toujours. Partir faire par ex. la triplette Susten-Grimsel-Furka sur une journée c’est top aussi. Mais pour moi, partir à bécane rime aussi bien avec découverte, et donc le voyage. Donc si je peux combiner les deux c’est top. Du coup j’essaie de me caler 1 à deux sorties par année, si possible en hors saison (juin ou septembre par ex.) et de partir entre 4 jours et une semaine. On part d’habitude avec mon cousin, on prend le matériel de camping, un réchaud, et on part sans itinéraire concret mais avec une forte envie de rouler. Et après une grosse journée de roulage, on bivouaque et on refait le monde autour du feu avec une ou plusieurs bouteilles de rouge 🙂 !
Et ton endroit de prédilection ?
Il y en a beaucoup. La Pacific One en Californie entre Los Angeles et San Francisco, la Captain Cook Highway en Australie… Mais j’affectionne particulièrement la France. Route des Grandes Alpes, Drome, Lubéron, Gorges du Verdon, etc. Et gros coup de cœur pour le Mont Ventoux. 24km de montée, dans un paysage incroyable, pratiquement lunaire au sommet. Bon faut faire gaffe aux cyclistes, certains se comportent un peu n’importe comment sur la route. Mais sinon c’est que du bonheur.
Bon et maintenant Cruizador, comment t’est venue l’idée ?
Je dirais tout d’abord d’un besoin perso. Je voyage(ais) beaucoup et c’était souvent impossible de trouver des motos de location, et quand bien même quand j’en trouvais, c’était affreusement cher. Et ceci aussi bien aux USA, qu’en France, Thaïlande, Australie, etc. Aussi, pourquoi ne pas amener les motos dans l’économie du partage. J’ai fait une analyse de marché en Suisse, et je me suis dit qu’il y avait matière à faire qqch. En gardant en tête qu’une moto passe 95% de son temps dans un garage, pourquoi ne pas leur permettre de se dégourdir les cylindres tout en faisant plaisir à un maximum de motard ? En Suisse, il y a plus de 430’000 motos immatriculées, donc si on arrive à en proposer 4-500 dans un premier temps, ça permet de tester l’idée et de valider le concept. Je mentionnerai au passage qu’il y a des concepts similaires à l’étranger (USA, NL, etc.) et que ça commence à marcher très fort !
Mais il y a un lien émotionnel avec la moto… on dit toujours qu’une moto ça ne se prête pas !?
C’est vrai et on le comprend. Certains ne voudront jamais louer leur moto et on le respecte. Mais tout d’abord, ça ne veut pas dire qu’ils n’y trouveront aucun intérêt. Ils ont peut-être envie de louer une moto différente pour tester un nouveau modèle, ou d’en louer une en vacances sans devoir amener leur propre bécane. Et Cruizador s’adresse aussi à eux. Je dis toujours, perso je ne loue pas mon appart sur Airbnb, mais j’utilise souvent la plate-forme pour louer un logement en déplacement. Et donc je trouve que c’est un super service. Bref Cruizador s’adresse à tout le monde, propriétaires comme locataires.
Mais dans tous les cas, posséder une moto coute cher. Il faut payer les assurances, l’impôt, l’entretien, un box pour la protéger du climat capricieux. Bref la moto est une passion onéreuse et beaucoup peuvent se le payer mais au prix de sacrifice(s) dans leur vie quotidienne. Donc si grâce à Cruizador, tu peux amortir ces coûts et économiser pour tes vacances, pour te payer des accessoires ou même économiser pour une nouvelle, est-ce que ça n’est pas gagnant-gagnant ?
J’avoue que présenté comme ça… mais toi ? Tu loues tes motos ?
Lorsque j’ai voulu lancer Cruizador, le fil rouge a été le suivant : est-ce qu’avec la structure actuelle, tu serais à l’aise à l’idée de louer ta bécane à un tiers ? Et tant que la réponse était non, je n’ai pas lancé le service. J’ai retravaillé les questions avec l’avocat, reformulé les contrats, réadapté les processus, etc. Et donc la réponse à la question est maintenant OUI, mes bécanes perso sont à louer sur la plate-forme. Et je le fais la conscience tranquille.
Mais tu n’as pas peur qu’il y ait de la casse ?
C’est clair que ça ne me ferait pas spécialement plaisir et que le risque 0 n’existe pas. Je ne vais pas mentir. Après, on a mis en place des garde-fous pour éviter un maximum les problèmes et limiter le risque : contrôle des locataires en amont (min 25 ans et min 3 ans de permis sinon ils ne peuvent pas louer), contrat de location blindé par un avocat, conditions générales en béton, etc..
Et s’il devait y avoir un sinistre, Cruizador fournit une assurance casco-complète, qui est inclue dans chaque location. Alors même si le risque 0 n’existe pas, je suis prêt à louer mes bécanes dans cette structure sécurisée. Et si ça n’était pas le cas, je n’oserais surement pas proposer aux autres de le faire !
Donc tout est rose ?
Dans l’ensemble oui ! Pour l’instant aucun sinistre (on touche du bois), et on a un esprit de communauté fort qui s’installe entre nos membres actifs. Le fait que le propriétaire et le locataire se rencontrent à la remise des clés fait qu’il y a un sentiment de confiance qui s’installe et du coup, les locataires se montrent plus respectueux de la moto que si c’était par exemple une moto de location traditionnelle. On a des super retours de nos membres, des belles rencontres. Ça s’échange des conseils d’itinéraire, ça parle mécanique, etc. Un de nos locataires australien a déjà proposé de prêter sa moto au propriétaire qui lui a loué la sienne s’il venait lui rendre visite. Bref, Cruizador essaye aussi d’entretenir et de renforcer l’esprit motard qui a tendance à disparaître un peu parfois. Ça n’est pas juste du business.
Et on offre une réelle valeur ajoutée. Certains motards, notamment étrangers, ne savent pas comment louer des motos en Suisse. Il n’y a pas de portail digital. Et Cruizador leur amène du confort. Notre idée c’est « réservez votre moto en quelques clics ».
Et jamais aucun commentaire négatif ?
Au début ça a été très polarisé. Des gens étaient emballés par le concept et d’autres nous ont pris à partie sur les réseaux sociaux, parfois de manière violente. Ça n’a pas toujours été facile car on a mis beaucoup d’énergie dans le projet, pour proposer quelque chose de cohérent mais aussi d’authentique. Et on avait l’impression qu’on était là juste pour arnaquer les gens. Mais là depuis quelques temps, ça s’est calmé. On a encore quelques commentaires désobligeants par-ci par-là mais dans l’ensemble, les gens commencent à reconnaître l’authenticité dans notre démarche et surtout que Cruizador répond à des besoins réels, aussi bien pour les locataires que pour les propriétaires.
Quel est le profil des utilisateurs du coup ?
Parmi les locataires, on a de tout. Dans tous les cas, ils ont minimum 25 ans et 3 ans de permis, sinon ils ne peuvent pas louer sur Cruizador. On a des touristes, qui rêvaient de parcourir nos routes mythiques mais qui ne le pouvaient pas forcément faute d’une offre adaptée. Mais on a aussi des pères de famille qui n’ont plus de moto mais qui ont toujours envie de faire quelques sorties par année. On a aussi des motards qui ont des bécanes sportives et qui ont envie de faire une sortie avec leurs conjointes sur des bécanes plus confortables, orientées grand tourisme. Ou inversement, des motards qui ont envie de tester des motos un peu plus sportives.
Parmi les propriétaires-loueurs, on a aussi de tout. Des étudiants avec moins de moyens, des expats qui n’ont plus le temps/l’envie de rouler leur moto mais n’ont pas non plus envie de la revendre. Mais on a aussi des propriétaires qui ont plusieurs motos et qui se disent, ok pourquoi ne pas en louer une pour amortir les frais des autres.
Bref, Cruizador s’adresse à tout le monde et on n’est pas sectaire 🙂 !
Ok, je pense qu’on arrive gentiment au bout. Pour conclure, est-ce qu’il y a des nouveautés pour 2020 ?
Bien sûr. On travaille dur pour trouver des nouvelles motos et améliorer la plate-forme. Mais je dirais que dans les grosses nouveautés, on va tout d’abord sortir la nouvelle version de la plate-forme qui offrira des fonctionnalités étendues aux utilisateurs, notamment dans la gestion de leur annonce.
Ensuite, on va lancer un canal pour les concessionnaires et on espère faire de Cruizador le plus gros portail de location de motos de Suisse. Bon in-officiellement, et ça reste entre nous, avec nos plus de 60 motos répertoriées, on l’est déjà ;-).
Et last but not least, on aimerait pouvoir lancer nos opérations en France dans un avenir proche. Mais ça reste à confirmer ! Voilà, tu sais (presque) tout :-).
 

Cruizador

Hey! Je suis le fondateur et le Chief Biker Officer chez Cruizador. Motard et passionné de voyage depuis longtemps, c'est en 2018 que j'ai décidé de lancer ce nouveau service, en espérant qu'il parle aux plus grands nombres de motard(e)s qui partagent la même philosophie et la même soif de grands espaces. C'est avec plaisir que je prends note de vos commentaires, idées d'amélioration, etc. Ride on!

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